Dimanche 3 juin 2007
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En France, les quartiers « verts » tardent à sortir de terre. Réglementation peu contraignante ou manque de volonté publique, le retard avec nos voisins européens est en tout cas flagrant. Bedzed en Grande-Bretagne, Fribourg en Allemagne et Malmö en Suède font en effet figures de modèle. La construction d’un premier quartier écologique à Paris va-t-elle changer la donne ?
Ce n’est encore qu’un vaste terrain vague en friche, près de la place de Rungis dans le 13e arrondissement parisien. Mais la mairie affiche déjà la couleur. Verte. « La ville de Paris aménage pour vous un quartier durable ». Sur le panneau, à l’entrée de l’ancienne gare de marchandises Sncf, les chiffres donnés se veulent impressionnants pour les passants : 13 000 m2 de logements, 1000 m2 de commerce et 19 000 m2 de bureaux. Les travaux, qui doivent débuter cette année, ne seront terminés qu’en 2011. Mais le lancement du projet, avant même son achèvement, est une première réussite.
L’association « les amis de l’écoZAC », à l’origine du projet, a milité pour imposer à la mairie de Paris et à la Semapa (la société d’aménagement) un véritable quartier vert. Le premier dans la capitale : consommation thermique limitée à 50 kWh/m2/an (pour les bâtiments neufs, la réglementation actuelle s’étale de 80 à 250 kWh/m2/an), électricité solaire, et aussi récupération de l’eau de pluie.
« Pour convaincre les élus parisiens, nous les avons emmenés à Bedzed et à Fribourg, pour leur prouver que ces techniques fonctionnent et que notre projet est réaliste », explique Christophe Bombled, trésorier de l’association « les amis de l’écoZAC». Ces expériences en Europe font figures de pionnières réussies. En Grande-Bretagne, le quartier de Bedzed, lancé en 2002, dans le sud de Londres, est parvenu à réduire sa consommation d’électricité de 90%. Grâce à l’exposition des maisons au sud et à la triple isolation (toits recouverts de végétation). Même souci d’économie d’énergie à Fribourg, capitale écologique de l’Allemagne. Lancés en 1994, par une initiative citoyenne, les quartiers Vauban et Riesenfeld regroupent sur 38 hectares plus de 200 logements alternatifs. Les maisons dites passives sont équipées d’un triple vitrage et de panneaux solaires, qui permettent de limiter la consommation d’énergie à 15 kWh/m2/an. La place de la voiture est réduite aussi, au profit du vélo, grâce à l’installation de deux garages collectifs à l’entrée de la ville.
« En France, il n’y a rien d’abouti »
En plus de ces deux exemples emblématiques, on trouve chez nos voisins européens d’autres initiatives probantes. À Malmö en Suède, une ancienne friche portuaire a été transformée par la mairie en quartier autonome avec une énergie 100% renouvelable.
Face à ces succès, l’Hexagone fait figure de parent pauvre. « En France, il n’y a jusqu’à présent rien d’abouti », regrette Christophe Bombled. Aujourd’hui, seuls quelques rares projets sont recensés. Outre l’écoZAC à Paris, la ville d’Angers envisage de créer un « parc habité » de 400 logements HQE (haute qualité environnementale) d’ici 2012 et Lille étudie un projet d’écoquartier pour 10 000 habitants.
Le retard français s’explique d’abord par un manque de volonté politique. Alors qu’en Suède, la mairie de Malmö a lancé le projet de quartier durable, la ville de Paris s’est montrée plutôt frileuse au départ pour réaménager la friche de Rungis. Le projet initial de la mairie du 13e ne prévoyait que la création d’une crèche HQE. Or ce label ne vise à réduire la consommation d’énergie que de 15%, sans l’imposer juridiquement. Il a donc fallu le lobbying des « amis de l’écoZAC » pour aboutir à un projet plus ambitieux.
Au-delà de l’absence de volonté des pouvoirs publics, la différence de réglementation énergétique entre la France et ses voisins est importante : 30 à 70 kWh/m2/an en Allemagne, 40 kWh/m2/an maximum en Suisse, mais seulement entre 80 et 250 kWh/m2/an en France selon la zone climatique et le type de combustibles. Et encore, il s’agit de la nouvelle réglementation thermique pour les bâtiments neufs, entrée en vigueur en 2007. En moyenne, l’ancien consomme plutôt 210 kWh/m2/an pour le chauffage.
La France est certes en retard au niveau des quartiers écologiques, mais c’est en train de changer. Le collectif Effinergie, lancé en 2005, par plusieurs régions françaises, vise à créer un label « basse énergie », imposant une norme pour les maisons neuves allant de 30 à 50 kWh/m2/an. A l’image de ce qui se fait déjà en Suisse avec le label Minergie et en Allemagne avec les « maisons passives ». Dans ces deux pays, on recense plus de 40 000 logements de ce type. « Avec Effinergie, on encourage la construction de maisons basse consommation, souligne Marc Sauveteur chercheur à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Après, ce sont aux pouvoirs publics d’agir pour soutenir de telles initiatives. »
Vers une plateforme d’écozacs
Mais comment faire si comme en France, le pouvoir politique tarde à prendre ses responsabilités ? « Les citoyens aussi ont leur rôle à jouer pour montrer qu’ils veulent protéger l’environnement, insiste Christophe Bombled des « amis de l’écoZAC ». Ainsi, en tant qu’association citoyenne, nous envisageons de créer une plateforme d’écozacs pour développer d’autres quartiers verts partout en France. »
Et si les citoyens ne sont pas encore très sensibles à la consommation énergétique de leurs lieux d’habitation, ils en seront bientôt informés. Dès le 1e juillet prochain, en effet, tous les états membres de l’Union Européenne seront tenus d’étiqueter les maisons neuves, selon ce qu’elles consomment. Comme pour un aspirateur ou une voiture, le client sera informé sur une échelle de A à G du diagnostique de performance énergétique. De quoi inciter les consommateurs à la construction de maisons vertes et, espérons le, favoriser la floraison d’écoquartiers.
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