crédit: Pascal Maitre
De l’Inde à la Somalie, le photoreporter Pascal Maitre, 51 ans, a parcouru le monde entier. Avec toujours la même envie de témoigner, de raconter un événement. Portrait d’un photographe solitaire, qui préfère rester derrière l’objectif que devant pour se dévoiler.
L’Afrique est sa terre de prédilection, la photo couleur son mode d’expression, et le reportage sa passion. Cette passion inscrite en lui, il ne peut la cacher. Ses gestes trahissent son métier de photoreporter. Lorsqu’il s’exprime, il ne peut s’empêcher de gesticuler des mains, sans doute trop habitué à manier l’appareil photo. Quand il vous parle, il vous fixe droit dans les yeux, comme s’il visait dans l’objectif de son reflex.
Plus qu’une passion, la photographie exerce même une fascination chez Pascal Maitre, qui avoue trouver « un côté magique dans l’image ». Cette attirance pour la photographie a commencé dès l’enfance. À 14 ans, avec l’appareil offert par « son oncle d’Amérique ». Des premiers clichés de débutant, il passe au club-photo du lycée, puis rapidement, déjà, ce besoin de partir. À 18 ans, il franchit le pas en partant un mois en Inde. Tout seul, avec son appareil en bandoulière.
La solitude constitue une constante dans son travail. Presque un besoin. Même s’il s’en défend volontiers. « Je ne recherche pas forcément à être seul à travers mes reportages », coupe le photographe berrichon lorsqu’on l’interroge. Pourtant, il aime partir en solo plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans des pays lointains pour les besoins d’un magazine. S’il est entouré, il avoue ne plus pouvoir travailler efficacement. « En France, je n’arrive pas à me concentrer à cause des sollicitations des amis et de ma famille ». Tel un plongeur en apnée, il doit s’enfermer dans sa bulle lorsqu’il part en reportage.
À travers cette solitude, Pascal Maitre aspire aussi à une certaine forme de liberté. C’est pourquoi il a toujours préféré travailler en indépendant qu’affilié à une structure journalistique fixe. Après trois ans de collaboration au magazine Jeune Afrique à ses débuts, puis quatre années à l’agence Gamma, il s’est affranchi de toute hiérarchie. Aujourd’hui, après plus de 25 ans passés autour du monde, il n’envisage toujours pas de « poser ses valises ». « Je pourrais travailler au service photo d’un magazine français, mais les contraintes hiérarchiques ne me conviennent pas ».
« La photo, c’est comme la radio »
Même s’il éprouve parfois une certaine lassitude à voyager et laisser des nouveaux amis aux quatre coins de la terre, il ressent toujours la même envie de partir en reportage. Pour témoigner, « raconter une histoire », comme il se plaît à définir son travail. Cette envie d’informer les lecteurs sur des sujets géopolitiques dans des zones sensibles est la marque de fabrique du photoreporter, qui travaille en ce moment sur le Sahel. « Dans mes photos, je suis plus concerné par l’information que l’esthétique », insiste celui qui collabore notamment aux magazines Géo et National Geographic. Outre cette volonté d’informer, Pascal Maitre cherche aussi à faire jouer l’imaginaire du lecteur. En ne montrant qu’un morceau de la réalité, ses images doivent laisser libre cours à l’interprétation. « La photo c’est comme la radio, on ne prend qu’un bout du sujet pour que l’imaginaire puisse fonctionner après… ».
Comme ses clichés, Pascal Maitre garde une part d’ombre, de mystère. L’homme, doué derrière l’appareil, apparaît moins à l’aise devant l’objectif. S’il parle volontiers de ses prises de vue, il ne se dévoile pas facilement et reste discret sur lui-même. Comme s’il voulait se montrer à contre-jour pour se protéger. Ses peurs lorsqu’il couvre des zones de conflit ? À peine évoquées alors qu’il rappelle qu’un photographe norvégien a été tué à Mogadiscio quinze jours après qu’il y soit lui-même passé. Son malaise à photographier certaines scènes ? « On est parfois révolté mais la vie reprend toujours le dessus », lâche-t-il presque trop facilement en évoquant le portrait d’un mutilé réalisé lors de la guerre du Mozambique en 1988. Sa famille ? Il préfère ne pas trop s’étendre dessus.
Décidément, le photoreporter n’aime pas être devant l’objectif. Face à ses interlocuteurs, sa carrure physique impressionne. Il veut se montrer fort, presque sans sentiment, comme s’il portait une carapace pareil à un filtre instaurant une distance entre le sujet et le photographe. Plus que de la timidité, il s’agit d’une habitude de tout maîtriser dans n’importe quelle situation. Ne rien montrer face à ses interlocuteurs est la règle d’or du photographe.
Durant ses voyages, en Afrique et en Afghanistan principalement, Pascal Maitre a en effet été confronté à la violence et aux horreurs de la guerre. Il a ainsi appris à se méfier de tout le monde, pour éviter d’être pris en otage ou de tomber sous les balles de sniper. Même à sa famille, il parle peu des dangers ou des craintes qu’il peut ressentir lors de reportages à l’étranger. A fortiori encore moins à un journaliste inconnu.
Sans doute, son expérience sur le terrain explique-t-elle sa volonté de ne pas se livrer facilement. Son besoin de rester enfermé dans sa carapace. Sa part d’ombre.
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