Point de départ

                Etudiant en journalisme au CFJ à Paris, je suis passionné par la découverte des grands espaces de notre planète. Je rêve de reportage à la découverte de notre terre, avant que celle-ci ne soit véritablement menacée.
    L'objet de ce blog sera de parler de destinations inconnues, d'envies de voyage, d'initiatives pour défendre l'environnement. Par ailleurs, je souhaiterais aussi vous donner envie de découvrir l'Allemagne, pays dans lequel j'ai passé 2 ans, mais qui reste méconnu pour les Français!
    En route...
Lundi 15 octobre 2007

  

      En raison d’un conflit territorial avec le Maroc, 100 000 d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés, en plein désert algérien. S’ils ont réussi à recréer un semblant d’Etat en trente ans d’exil, les Sahraouis rêvent toujours d’indépendance sur leur territoire retrouvé, au sud du royaume chérifien. Face à l’échec des négociations, la jeune génération envisage de reprendre les armes.

     Aoussert, oasis de vie, planté au milieu du désert du Sahara. A plus de 50 kms de la première ville algérienne, Tindouf, ce campement n’est accessible que par la piste. Il faut traverser des dunes dans un tourbillon de poussière, et encaisser en 4x4 les secousses du sol rocailleux. Aux abords du camp d’Aoussert, quelques détritus amoncelés sur le sable, annoncent l’arrivée dans les villages. Les maisons en argile, aux couleurs beige, défilent, mais point de signe de vie. Seuls les cris des chèvres troublent le silence pesant, accentué par les longs sifflements du vent. Les Sahraouis semblent invisibles, et les silhouettes des femmes voilées n’apparaissent que furtivement, entre deux murs.

    Pourtant dans ce camp, comme dans les trois autres, vivent entre 90 000 et 160 000 réfugiés, selon les estimations des ONG. Peuple de l’ombre, ces Sahraouis ont fui le Sahara occidental à partir de 1975. A l’époque, cette ancienne colonie espagnole est conquise par le Maroc et une partie de la population, qui réclamait l’indépendance, doit s’exiler dans le désert au sud-ouest de l’Algérie.

    Mohammed Mahmoud, l’un de ces réfugiés, s’est installé dans les camps avec son père en 1978, à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, il vit dans l’un des six villages qui constituent le campement d’Aoussert, non loin de l’école dans laquelle enseigne sa femme Fadal. Comme elle, de nombreux Sahraouis travaillent dans des structures « administratives » : écoles, hôpitaux, police et ministères. Dans les camps, le temps paraît s’étirer à l’infini « Au début, on pensait que notre exil ne durerait que quelques années, souligne Mohammed Mahmoud en servant le thé chez lui, confortablement installé sur un tapis mauve, entre deux coussins. Mais avec le temps nous avons dû nous résoudre à établir de véritables infrastructures, pour survivre tant bien que mal. »

     Le Front Polisario, le mouvement politique réclamant l’indépendance, a ainsi recréé un semblant d’Etat à Rabouni, le camp servant de capitale. Sur place, on y trouve les ministères et le palais présidentiel représentant la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), proclamée en 1976. Mais, à l’image des murs lézardés du palais, l’Etat sahraoui en exil reste précaire. Pour assurer sa survie financière, et par là même celle des « fonctionnaires », la RASD reçoit des subsides des gouvernements espagnols et Algériens.

     Le reste des réfugiés, pour la plupart artisans ou marchands, tentent de faire fonctionner une microéconomie. Mais dans un système en autarcie, l’aide des ONG comme Oxfam, qui distribue des aliments, demeure indispensable. Dans les camps de réfugiés, le temps paraît s’étirer à l’infini, comme s’il allait s’arrêter. Les journées marquées par la forte chaleur, sont rythmées par le soleil. La sieste et la cérémonie du thé entre amis et voisins occupent une bonne partie de la journée.

     Le reste du temps, les réfugiés semblent attendre, que leur situation se débloque. « Comme il n’y a pas de guerre ici, les grandes puissances nous oublient » Après plusieurs années de combat entre le Maroc et le Front Polisario, les Nations Unies ont imposé un cessez-le-feu et un statut-quo en 1991. Mais depuis, les négociations piétinent. Une impasse de plus en plus insoutenable pour les réfugiés. « L’ONU a clairement échoué pour imposer une solution politique à notre conflit, l’un des derniers problèmes de décolonisation, s’insurge Mohammed Mahmoud. Mais, comme il n’y a pas de guerre ici, les grandes puissances nous oublient. »

     Situation paradoxale pour les Sahraouis : réfugiés, mais ne vivant pas dans l’urgence humanitaire, ils semblent devoir attendre dans l’ombre des drames des réfugiés du Darfour ou de la Somalie. Mais à court terme, ce statut-quo risque de devenir explosif, selon Mohammed Mahmoud. « Les jeunes nous disent que notre génération a été trop patiente : qu’elle a attendu, pour gagner quoi au final? Un cessez-le-feu et depuis on nous oublie. »

             

 

Les adolescents n’ont connu que la vie de réfugiés en exil

     Effectivement, pour les adolescents le conflit du Sahara occidental n’a que trop duré. Nombreux sont ceux, qui partent étudier à l’étranger car les cours s’arrêtent au niveau du collège dans les camps. Lorsqu’ils se retrouvent pendant leurs congés estivaux, ils évoquent entre eux leur ras-le-bol, envers une situation dans l’impasse. « Ici, on a pas d’avenir, c’est très difficile de trouver du travail », regrette Sidatin Naama, étudiant en médecine à l’université d’Alger.

     Un constat amer, qui pousse les jeunes à envisager le futur de manière pessimiste. « S’il le faut, je suis prêt à participer à une lutte armée, pour récupérer notre territoire, reprend Sidatin Naama, avant de lancer comme un avertissement : « mes amis partagent tous mon point de vue ! » Si la génération de leurs parents s’efforce encore de croire en une solution politique, les adolescents, qui n’ont connu que la vie en exil dans les camps de réfugiés depuis leur naissance, s’impatientent. « Je crains que fin 2008, ils ne fassent parler les armes », pronostique avec inquiétude Mohammed Mahmud, lui-même père d’un garçon de 17 ans.

     Dans le camp d’Aoussert, en fin d’après-midi, une bande de jeunes passe devant quelques habitations aux cris de « vive le Sahara libre ». Le campement, d’ordinaire si calme et paisible, s’anime. Tandis que le soleil couchant embrase le désert. Etrange impression de veillée d’armes.

Légendes: -Vue du camp d'Aoussert  (DR) - Réfugiès sahraouis (DR)  -Vue du camp de Smara (DR)

Par mric - Publié dans : carnet de voyage
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Dimanche 14 octobre 2007

 

        Pour alimenter, ma rubrique carnet de voyage, j'entame, après mes articles sur Israël (voir archives), une série de reportage sur les camps de réfugiés sahraouis, situés en plein désert algérien. Le Sahara occidental, ça ne vous dit rien?

Normal on en parle peu dans les médias, c'est pour cela que je me suis rendu sur place en septembre dernier. Là-bas, vivent plus de 100 000 réfugiés, qui ont fui la région du Sahara occidental en 1975. Ce territoire, anciennement colonie espagnole, est annexé à l'époque par les forces marocaines. Depuis les Sahraouis réclament un référendum d'autodétermination. En vain, car le conflit n'est toujours pas résolu.

  Comme les journaux ne parlent pas de ce conflit, j'ai décidé d'user de mon blog pour vous informer là-dessus. 1e épisode avec un papier sur le ras-le-bol des réfugiés.

Bonne lecture....

Légende: Sahraoui au volant (DR)

Par mric - Publié dans : carnet de voyage
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Dimanche 7 octobre 2007

    

     Monter à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engin, visiter le Commandement maritime et déjeuner sur la Jeanne d’Arc, le programme offert par la nouvelle association « Mer & université » était alléchant. Récit d’un séjour de deux jours, début octobre à Brest, qui a permis à une vingtaine de jeunes, de mieux découvrir la marine française.

    « Le but de notre association est de rapprocher le monde universitaire, du monde maritime au sens large ». Pour Vincent Hélin, le président de « Mer & université », créée en juin 2007, le voyage en terre bretonne s’inscrivait naturellement dans les objectifs de sa jeune association. Après un dîner inaugural en juin dernier, au cercle de la marine à Paris, il était temps pour les membres de « Mer & université » de prendre le large.

    Et quoi de mieux pour cela, que de se rendre à Brest, siège de la préfecture maritime, et l’un des deux principaux ports de la marine française. 25 adhérents de l’association, étudiants en droit, histoire ou photographie, mais aussi réservistes, accompagnés de quelques représentants des « Gadzarts de la mer », ont donc effectué une visite de deux jours, les 4 et 5 octobre dernier, en rade de Brest.

   Au programme : visite de la base de l’île-longue, rencontre avec l’Alfost, découverte de la préfecture maritime et enfin montée à bord de la Jeanne d’Arc. Et le programme était chargé. A peine arrivés de Paris le matin même, le groupe a filé vers la base nucléaire de l’île-longue. Sur place, après l’incontournable contrôle d’identité, un responsable a présenté la force océanique stratégique française, dont la majeure partie se trouve là-bas : quatre SNLE, sous-marin nucléaire lanceur d’engins, comprenant chacun 16 missiles. Mais le clou du spectacle pour ces étudiants privilégiés, fût la visite du « Triomphant », des cabines à la salle d’opération, avec son commandant.

 

                                            

      Visite guidée de la Jeanne

     Le soir pour conclure dignement cette première journée, « Mer & université » avait convié, notamment, le vice-amiral Yves Boissin ainsi que la député du Finistère Patricia Adam, à dîner au Cercle des officiers. La présence de Madame Adam, membre de la commission du livre blanc a été l’occasion de débattre des futures réformes concernant la marine française, ainsi que du projet de deuxième porte-avions.

    La deuxième journée à Brest a d’abord été consacrée à la visite du commandement maritime, suivi d’un exposé de l’amiral Michel Straub sur l’action de l’Etat en mer, permettant aux étudiants de mieux appréhender la zone d’action de la préfecture maritime. Pour terminer, le groupe a eu le privilège d’être reçu à déjeuner à bord de la Jeanne d’Arc. Le commandant du bâtiment, le capitaine de vaisseau Bléjan a présenté la prochaine mission du navire-école, qui partira début décembre pour six mois, et a effectué une visite guidée. Les étudiants ravis, se sont promis de revenir et l’association, quant à elle, envisage déjà d’organiser un autre week-end en province. Après Brest, il leur reste à découvrir Toulon. Bon vent.

légendes: -Vue de la préfecture maritime de Brest (DR) -Sur le pont de la Jeanne d'Arc (DR)

Par mric - Publié dans : carnet de voyage
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Lundi 16 juillet 2007

 

 

Journée shopping, courses pas chères pour les repas festifs, les Français ont afflué en masse à Kehl, qui prenait en ce jour de fête nationale des accents français.

            Le signe ne trompe pas. Sur le parking ensoleillé du Lidl, les voitures immatriculées 67 se garent les unes à la suite des autres. Seules quelques rares Mercedes allemandes parviennent à se frayer un passage pour stationner. A l’intérieur du supermarché discount, on retrouve de nombreux Strasbourgeois venus faire leurs emplettes pour arroser dignement ce 14 juillet. « Super, je vais me torcher avec ça, c’est que 5 euros », s’écrie un jeune en désignant une bouteille d’amaretto siglée d’une étiquette « sehr billig ». Mais, plus loin, un connaisseur se méfie : « Le Martini, c’est pas une bouteille d’un litre, c’est que 0,75cl. C’est vicieux, on croit que c’est moins cher mais en fait non ! »

            En sortant du supermarché pour trouver le centre-ville, il suffit de suivre les Français qui vont faire les soldes. On les repère de loin à leur maillot de foot. Devant nous, Franck Ribéry, ou plutôt Steve pour les intimes, portant le maillot tricolore du nouveau joueur du Bayern Munich ? Avec sa copine, il se dirige vers l’artère principal, haut lieu du shopping à Kehl. En chemin, on croise aussi un petit « Thierry Henry » accompagné de ses parents. Mais attention, certains veulent brouiller les pistes. Ils portent bien le maillot tricolore, mais pas de nom de joueur célèbre. Ainsi, on rencontre un Français qui préfère se promener avec son maillot floqué de son nom « Imbach », car il ne veut pas porter « le nom de ses sagouins » sur son dos.

Ruée sur les Birkenstock

            Arrivé dans la rue commerçante, les Français sont omniprésents. Vous connaissiez la Francafrique, eh bien Kehl un après-midi de 14 juillet c’est en quelque sorte la Franc-allemagne. Ici, un gamin arborant fièrement un maillot de l’Olympique de Marseille et une casquette Renault. Là, une grand-mère essayant de déchiffrer la carte d’un glacier pour ses petites-filles qui ne comprennent pas la langue de Goethe. Que ce soit pour faire « des courses en urgence », « acheter un cadeau d’anniversaire » en ce jour férié ou encore pour trouver les fameuses sandales Birkenstock, tous les prétextes sont bons pour les Strasbourgeois. Car en plus, contrairement à ce qu’on affirme à l’Elysée, point d’Euro fort. « Les baskets coûtent 20 euros de moins, ça vaut le coup », s’enthousiasme Kevin, venu avec des amis de Strasbourg.

« On the road again »

            Malgré la chaleur, les Français n’ont pas hésité à braver les bouchons du pont de l’Europe. « Je pensais que les gens allaient à la piscine, mais il y a encore plus de monde que l’an dernier », note le responsable d’un magasin de sport.

            En fin d’après-midi, un groupe de country s’installe dans la rue commerçante pour improviser un concert. Kehl délaisse ses accents français et passe à l’heure américaine : « On the road again, again… » Rideau sur la Franc-allemagne. Il est temps pour les Français de reprendre la route, pour regagner Strasbourg. Là-bas, la fête se prépare. Sans country, mais avec un feu d’artifice.

Article publié, le 16 juillet dans les Dernières Nouvelles d'Alsace

Par mric - Publié dans : Franc-allemagne
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Lundi 25 juin 2007

 

Situé à quelques kilomètres au nord de la bande de Gaza, le village, comme la cité voisine de Sdérot, est exposé aux tirs de roquettes du Hamas. Ses habitants s’interrogent sur leur avenir, marqués par l’impasse du processus de paix et le déclin des valeurs du kibboutz traditionnel.

 

            Dans le soleil couchant d’une fin d’après-midi, apparaissent d’abord des chars. Puis, à l’assaut de la prairie menant vers le kibboutz, une escadrille de soldats, tout de noirs vêtus. En guise de comité d’accueil, ils doivent faire face à une double ligne de front, constituée de mitraillette, puis de tranchées.

            Heureusement pour les habitants du village, il ne s’agit pas d’une bataille opposant des blindés israéliens aux milices palestiniennes. Cette scène de guerre, qui accueille les visiteurs du kibboutz Yad Mordechaï, n’est qu’une reconstitution, avec des figurines grandeur nature de soldats en bois et des fusils factices. Elle représente le combat qui a opposé en mai 1948, les premiers kibboutzniks (habitants du kibboutz) à l’armée égyptienne, durant six jours. A l’époque, le village nouvellement créé était le poste le plus avancé pour lutter contre les Egyptiens, derrière la frontière du tout jeune Etat d’Israël.

 

« Nous sommes sans arrêt sur le qui-vive »

 

            Près de soixante ans plus tard, l’adversaire a changé, mais la défense de la frontière est toujours d’actualité pour les huit cents résidents du kibboutz. Pour eux, les milices du Hamas ont remplacé l’armée égyptienne dans le rôle de l’ennemi. « Nous sommes sans arrêt sur le qui-vive, à cause des tirs de roquettes, explique Carlo Cohen en montrant, derrière le champ reconstituant la bataille de 1948, les premiers villages de la bande de Gaza. Ils sont à peine à   8 Kms et comme c’est en plaine, nous ne sommes pas du tout abrité. » Arrivé de Tunisie, il y a maintenant cinquante ans, Carlo, grand moustachu au teint méditerranéen, cultive des avocats, spécialité du coin, et des arbres fruitiers. « L’an dernier, j’ai reçu trois roquettes dans mon verger. Malheureusement, ça risque de se reproduire comme en ce moment à Sdérot, la grande ville israélienne voisine, proche de Gaza. »

 

            Pour se protéger des tirs palestiniens, les kibboutzniks ont construit un abri en béton au centre du village, dans lequel il faut se réfugier en cas d’alerte. Mais celui-ci ne s’avère pas bien grand. Alors certains bâtiments, notamment l’école primaire, sont équipés d’une « carapace bétonné », sorte de double toit par-dessus l’édifice principal, pour résister aux roquettes.

            Aujourd’hui, les tirs ont repris sur Sdérot, et dans le kibboutz l’anxiété est palpable. Les rues sont désertes, seuls deux enfants jouent, insouciants, sur la balançoire de l’école. Dans la salle commune, on ne croise qu’Orly Siegelman, de retour du restaurant dans lequel elle travaille. « Je suis très pessimiste sur l’avenir et un possible accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, explique calmement cette femme de 44 ans. Pourtant, j’étais favorable au retrait de Gaza il y a un an et demi, je pensais que ça résoudrait une partie du problème. » Depuis l’été 2005, la situation ne s’est pas amélioré. La guerre civile menace désormais entre le Hamas et le Fatah et les habitants du kibboutz reçoivent des roquettes de Gaza. « Si les Palestiniens n’arrivent même pas à s’entendre entre eux, comment espérer vivre tous ensemble en paix et en sécurité ? », ajoute-t-elle dans un soupir.

 

« C’est un devoir de rester ici, mais pour mes enfants c’est différent »

 

            Comme Carlo Cohen et Orly Siegelman, les kibboutzniks sont las et s’interrogent sur leur futur. Marqués par l’esprit de résistance de Mordechaï Anilevitz, meneur du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943 qui a donné son nom à la communauté, ils tiennent le coup. Mais pour combien de temps encore ?

« Même si nous ne recevons pas autant de roquettes qu’à Sdérot, les familles d’ici ont peur pour leur progéniture », insiste Orly Siegelman. Elle-même mère de deux enfants, songerait-elle à quitter son village ? « Mes grands-parents ont participé à la construction du kibboutz. Pour moi, représentante de la troisième génération, c’est un devoir de rester ici. Mais pour mes enfants, c’est différent. »      

La jeune génération, en effet, revendique plus de liberté et d’intimité que leurs parents habitué à vivre avec les règles collectivistes : travaux des champs tous ensemble, repas en commun, dortoir pour les enfants, prêts de vêtements selon les besoins. Pour faire face à cette évolution des mœurs, le secrétaire général, sorte de maire élu du kibboutz, a choisi d’abandonner certaines mesures jugées trop coercitives. Fin des repas obligatoires dans la salle commune, possibilité d’aller travailler à l’extérieur, telles sont les réformes engagées. Cela ne suffit pas cependant pour séduire les jeunes. « Ils en ont marre que tout soit réglé au point de ne pas pouvoir disposer d’une voiture quand ils en ont besoin, ni même de choisir leur papier toilette… », sourit Orly Siegelman.

 

Du collectivisme à la privatisation

 

Par conséquent, les adolescents devenus adultes préfèrent quitter le kibboutz. Ici, environ la moitié des jeunes optent pour cette voie chaque année. Et le kibboutz Yad Mordechaï n’est pas un cas isolé. En Israël, les deux tiers des 266 kibboutzim existant ont abandonné le modèle collectiviste intégral car leur population stagnait.

« C’est vrai que le système connaît un profond changement, qui pose des problèmes d’adaptation. Mais notre communauté peut attirer des citadins qui veulent fuir la ville surpeuplée et dangereuse », cherche à se rassurer Carlo Cohen, en refusant d’évoquer la fin des kibboutz.

A l’image de leur village, partagé entre les coquettes maisons modernes aux allures de banlieues chics américaines, et le coin de la salle commune et du musée symbolisant la résistance héroïque du ghetto de Varsovie; les habitants sont divisés sur leur avenir. Partir car ils ne veulent pas rester ou bien rester car ils ne peuvent pas partir.

Par mric - Publié dans : carnet de voyage
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