En raison d’un conflit territorial avec le Maroc, 100 000 d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés, en plein désert algérien. S’ils ont réussi à recréer un semblant d’Etat en trente ans d’exil, les Sahraouis rêvent toujours d’indépendance sur leur territoire retrouvé, au sud du royaume chérifien. Face à l’échec des négociations, la jeune génération envisage de reprendre les armes.
Aoussert, oasis de vie, planté au milieu du désert du Sahara. A plus de 50 kms de la première ville algérienne, Tindouf, ce campement n’est accessible que par la piste. Il faut traverser des dunes dans un tourbillon de poussière, et encaisser en 4x4 les secousses du sol rocailleux. Aux abords du camp d’Aoussert, quelques détritus amoncelés sur le sable, annoncent l’arrivée dans les villages. Les maisons en argile, aux couleurs beige, défilent, mais point de signe de vie. Seuls les cris des chèvres troublent le silence pesant, accentué par les longs sifflements du vent. Les Sahraouis semblent invisibles, et les silhouettes des femmes voilées n’apparaissent que furtivement, entre deux murs.
Pourtant dans ce camp, comme dans les trois autres, vivent entre 90 000 et 160 000 réfugiés, selon les estimations des ONG. Peuple de l’ombre, ces Sahraouis ont fui le Sahara occidental à partir de 1975. A l’époque, cette ancienne colonie espagnole est conquise par le Maroc et une partie de la population, qui réclamait l’indépendance, doit s’exiler dans le désert au sud-ouest de l’Algérie.
Mohammed Mahmoud, l’un de ces réfugiés, s’est installé dans les camps avec son père en 1978, à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, il vit dans l’un des six villages qui constituent le campement d’Aoussert, non loin de l’école dans laquelle enseigne sa femme Fadal. Comme elle, de nombreux Sahraouis travaillent dans des structures « administratives » : écoles, hôpitaux, police et ministères. Dans les camps, le temps paraît s’étirer à l’infini « Au début, on pensait que notre exil ne durerait que quelques années, souligne Mohammed Mahmoud en servant le thé chez lui, confortablement installé sur un tapis mauve, entre deux coussins. Mais avec le temps nous avons dû nous résoudre à établir de véritables infrastructures, pour survivre tant bien que mal. »
Le Front Polisario, le mouvement politique réclamant l’indépendance, a ainsi recréé un semblant d’Etat à Rabouni, le camp servant de capitale. Sur place, on y trouve les ministères et le palais présidentiel représentant la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), proclamée en 1976. Mais, à l’image des murs lézardés du palais, l’Etat sahraoui en exil reste précaire. Pour assurer sa survie financière, et par là même celle des « fonctionnaires », la RASD reçoit des subsides des gouvernements espagnols et Algériens.
Le reste des réfugiés, pour la plupart artisans ou marchands, tentent de faire fonctionner une microéconomie. Mais dans un système en autarcie, l’aide des ONG comme Oxfam, qui distribue des aliments, demeure indispensable. Dans les camps de réfugiés, le temps paraît s’étirer à l’infini, comme s’il allait s’arrêter. Les journées marquées par la forte chaleur, sont rythmées par le soleil. La sieste et la cérémonie du thé entre amis et voisins occupent une bonne partie de la journée.
Le reste du temps, les réfugiés semblent attendre, que leur situation se débloque. « Comme il n’y a pas de guerre ici, les grandes puissances nous oublient » Après plusieurs années de combat entre le Maroc et le Front Polisario, les Nations Unies ont imposé un cessez-le-feu et un statut-quo en 1991. Mais depuis, les négociations piétinent. Une impasse de plus en plus insoutenable pour les réfugiés. « L’ONU a clairement échoué pour imposer une solution politique à notre conflit, l’un des derniers problèmes de décolonisation, s’insurge Mohammed Mahmoud. Mais, comme il n’y a pas de guerre ici, les grandes puissances nous oublient. »
Situation paradoxale pour les Sahraouis : réfugiés, mais ne vivant pas dans l’urgence humanitaire, ils semblent devoir attendre dans l’ombre des drames des réfugiés du Darfour ou de la Somalie. Mais à court terme, ce statut-quo risque de devenir explosif, selon Mohammed Mahmoud. « Les jeunes nous disent que notre génération a été trop patiente : qu’elle a attendu, pour gagner quoi au final? Un cessez-le-feu et depuis on nous oublie. »
Les adolescents n’ont connu que la vie de réfugiés en exil
Effectivement, pour les adolescents le conflit du Sahara occidental n’a que trop duré. Nombreux sont ceux, qui partent étudier à l’étranger car les cours s’arrêtent au niveau du collège dans les camps. Lorsqu’ils se retrouvent pendant leurs congés estivaux, ils évoquent entre eux leur ras-le-bol, envers une situation dans l’impasse. « Ici, on a pas d’avenir, c’est très difficile de trouver du travail », regrette Sidatin Naama, étudiant en médecine à l’université d’Alger.
Un constat amer, qui pousse les jeunes à envisager le futur de manière pessimiste. « S’il le faut, je suis prêt à participer à une lutte armée, pour récupérer notre territoire, reprend Sidatin Naama, avant de lancer comme un avertissement : « mes amis partagent tous mon point de vue ! » Si la génération de leurs parents s’efforce encore de croire en une solution politique, les adolescents, qui n’ont connu que la vie en exil dans les camps de réfugiés depuis leur naissance, s’impatientent. « Je crains que fin 2008, ils ne fassent parler les armes », pronostique avec inquiétude Mohammed Mahmud, lui-même père d’un garçon de 17 ans.
Dans le camp d’Aoussert, en fin d’après-midi, une bande de jeunes passe devant quelques habitations aux cris de « vive le Sahara libre ». Le campement, d’ordinaire si calme et paisible, s’anime. Tandis que le soleil couchant embrase le désert. Etrange impression de veillée d’armes.
Légendes: -Vue du camp d'Aoussert (DR) - Réfugiès sahraouis (DR) -Vue du camp de Smara (DR)
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